Après huit mois

Après  8 mois d’immigration.
Ma peinture change… rien de plus normal après tout.  Elle s’adapte, déplacer l’atelier était  déjà un bouleversement   ,  alors changer  de continent , imagine !
Je me cherche  dans mon pays  d’accueil.Heureusement je parle français. Je dois réajuster mes codes de vie , mes repères artistiques.

Après 8 mois
Je trouve mes couleurs  « méditerranées » déplacées, grotesques, presque vulgaires ici  avec leur humour exubérant…

Après 8 mois
C’est le noir qui me vient.
Le « noir valeur sûre »,  indiscutable dans sa lisibilité ,  évident  comme un point sur un « i »,  élégance absolue, douleur, tristesse et  mort… trop facile aussi…
Il m’ enveloppe,  me réchauffe, me protège. Je suis fille de terre cathare ,   mes racines sont gorgées du sang de générations de paysans austères acharnées dans leur détermination à retourner leur terre stérile… . Je brasse le noir .

Après 8 mois
Je suis  élégante à l’excès, je marche sur la pointe des pieds, je pèse  mes mots, écoute,   véritable limier, je flaire les tendances, me fond dans la masse . Je veux comprendre , trouver ma place .
Je m’interroge ?
Que faire ? En Europe beaucoup pensent que la peinture est dépassée, que tout a été fait….
Je préfère le :  tout est  à  faire,  aussi vrai que nous sommes des œuvres uniques,   que les matériaux de beaux arts évoluent, que les supports changent.

Après huit mois
Toujours la même ardeur. La peinture reste   fil conducteur  ,  mon  tuteur,  mon immortalité .

Après huit mois
Je sais que la couleur est là . Il faut que je la réinvente. Adaptée elle sera  meilleure, je l’espère …

Je  suis artiste ce qui me donne le pouvoir de faire partager mes états d’âme, alléluia ,  dommage pour vous.

chatnevrosé